Les cathédrales du Kremlin de Moscou. Соборы Московского Кремля

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Dans cette deuxième partie de notre visite du Kremlin, je vous emmène sur la place des Cathédrales Соборная площадь – pour un aperçu de quelques édifices majestueux.

Giacomo Quarenghi - Place des Cathédrales - 1797
Place des Cathédrales – 1797 – un tableau de Giacomo Quarenghi (architecte italien, un des fondateurs de St Petersbourg)

La Place des Cathédrales est une place à l’intérieur du Kremlin, qui regroupe les monuments et édifices principalement religieux de l’ancienne résidence des Tsars, à côté de la muraille qui borde la Moskova…

La Cathédrale de l’Annonciation – Благовещенский собор

Construite au XVème siècle à l’emplacement d’un ancien édifice religieux du même nom, cette cathédrale a été la chapelle privée à la famille des tsars. Les entrées nord et ouest sont décorées de portails en calcaire datant du XVIème siècle, et leurs portes en bronze sont dorés à l’or fin. Le sol est recouvert de jaspe provenant de la cathédrale de Rostov. L’iconostase est très ancienne et comprend de saintes icônes du XIVème au XVIIème siècle. Plusieurs icônes sont attribuées au moine peintre Andrei Rubliov – Андрей Рублёв – Saint André l’iconographe, sur qui Tarkovsky, toujours lui, a fait un film extraordinaire que je vous recommande de voir (en passant…). Certaines icônes ont été réalisées par Théophane le Grec, peintre et iconographe russe d’origine byzantine, qui a été le maître d’Andreï Roubliov.

Les cathédrales du Kremlin de Moscou. Соборы Московского Кремля
В Московском Кремле. Аполлинарий Васнецов Dans le Kremlin de Moscou. Apollinaire Vasnetsov

La Cathédrale de l’Archange Saint Michel – Архангельский собор

Bâtie par Alexis Lamberti de la Montagne dit Alosius le Jeune (Алевиз Новый), un architecte italien, dans un style donc très influencé par la renaissance italienne. Cette Cathédrale occupe un emplacement de plusieurs sanctuaires édifiés en l’honneur du saint protecteur de la Dynastie. Et partant, de la Russie – on peut considérer que c’est pour cela que les victoires de l’Armée russe y étaient célébrées. L’aspect renaissance vénitienne marque beaucoup l’extérieur de la cathédrale. Peintes en rouges à l’origine, les pierres des murs sont blanches. Les bulbes dorés datent du XVIIème siècle. L’intérieur est recouvert de fresques des XVIème et XVIIème siècles, dont certaines furent peintes par Goury Nikitine peintre russe de Kostroma, maître dans l’art de la fresque et de l’iconostase. On trouve aussi une iconostase en bois de 13 mètres de haut qui présente des icônes du XVIIème, XVIIIème et XIXème siècle. La Cathédrale de l’Archange Saint Michel accueille tout naturellement en son sein le tombeau des princes et Tsars russes, une nécropole d’une cinquantaine de tombeaux. Réservés à l’origine aux hommes – les femmes étant enterrées au monastère de la Résurrection – pendant la période soviétique les tombeaux des femmes furent transférés dans les soubassements de la cathédrale.

La cathédrale de la Dormition – Успенский собор

La Dormition de la Vierge, correspond pour les églises chrétiennes orthodoxes à ce qu’appellent « Assomption » les catholiques. La Cathédrale a été édifiée vers la fin du XVIème siècle en lieu et place d’une petite église (érigée en 1330 par Ivan Ier),  sous la direction de l’architecte italien Aristotle Fioravanti, qui s’est imprégné des traditions architecturales locales, pour bâtir en quatre ans un véritable chef-d’œuvre. C’est la première église en pierre de Moscou. On y élisait et inhumait les chefs de l’église russe. Et elle accueillait le couronnement et le mariage des tsars. C’est la plus ancienne, la plus grande et la plus importante des églises du Kremlin. C’est sur les marches de la cathédrale de la Dormition que Ivan III déchira le traité qui soumettait Moscou au pouvoir mongol et déclara ainsi l’indépendance de la Russie. À 16 ans, le prince de Moscou Ivan IV (qui deviendra “Yvan le Terrible”) est sacré “empereur et autocrate de toutes les Russies” dans la cathédrale de la Dormition, tout comme le premier des Romanov y sera désigné souverain de la Russie.

Le palais à Facettes – Грановитая Палата

Petit palais adossé au Grand Palais, il a été édifié à la fin du XVème siècle par les architectes italiens Marco Ruffo et Pietro Antonio Solari et doit son nom à l’aspect de sa façade, faite de pierres blanches taillées « en facette ». Le Palais à facettes a été intégré au Grand Palais du Kremlin au XIXème siècle. Il est tout ce qui reste d’un plus vaste palais royal construit sous le règne du  tsar Ivan III. Son premier étage comprend la salle principale et le Vestibule Sacré, décorées avec des fresques et avec des sculptures dorées. La grande salle (de 500m 2), soutenue par un seul pilier est couverte d’un plafond majestueux. C’était la salle du Trône et une salle de banquets des tsars. Elle est utilisées de nos jours pour des réceptions officielles. Sur l’une des façades du Palais se trouve le Perron Rouge – “rouge” signifiant également “beau” comme vous le savez-). Les tsars descendaient par cet escalier pour se rendre à la cathédrale de la Dormition aux cérémonies de couronnement. La dernière de ces processions eut lieu en 1896 pour le couronnement de Nicolas II.

Слева Благовещенский собор, справа Красное крыльцо - la cathédrale de l'Annonciation (à gauche) et le Perron rouge (à droite)
Благовещенский собор, Теремной дворец и Красное крыльцо – la cathédrale de l’Annonciation (à gauche), le palais des Térems et le Perron rouge (à droite) – Аполинарий Васнецов

Le Palais des Armures – Оружейная палата

Construit au milieu du XIXème siècle sur les plans de l’architecte Konstantin Thon (qui a dirigé également la construction du Grand Palais du Kremlin et la Cathédrale du Christ Sauveur). On y confectionnait et conservait des armes et défenses royales. Aujourd’hui, c’est un musée magnifique, avec une collection extrêmement riche, où est présenté l’ensemble des trésors accumulés par les princes et les tsars au cours des siècles tels que armes, armures, couronnes et costumes royaux, carrosses, trônes, mobilier ainsi qu’une magnifique collection d’œufs de Fabergé. Il abrite aussi une collection éblouissante de pierres précieuses dont le célèbre diamant Orlov. L’Orlov est un grand diamant, qui orne le sceptre impérial, dont la forme et les proportions sont celles de la moitié d’un œuf de poule. Ce diamant a été volée au XVIIème siècle dans un temple hindou en Inde par un déserteur français, puis achetée par Grégory Orlov pour l’offrir à Catherine II de Russie.

Le palais du Patriarche – Патриарший дворец

Ce palais a été édifié au milieu du XVIIème siècle sur l’ordre du patriarche Nikon. Son portail est surmonté de l’église des Douze Apôtres, une petite église à 5 coupoles construite sur le palais par Antip Konstantinov et Bajen Ogurtsov, également à la demande du Patriarche Nikon. L’église des 12 Apôtres recouvre le site d’une église ancienne et d’une partie du palais de Boris Godounov. Le toit et les croix de l’église ont été recouverts de plaques de cuivre et dorés. Ses formes sont archaïsantes rappellent les édifices de la Principauté de Vladimir-Souzdal. Sans doute inspiré par le Palais des Terems, cet édifice marque la volonté du Patriarche Nikon d’imposer un retour au style sévère et monumental de Vladimir-Souzdal à Moscou, considéré comme seul vrai. Le joyau de cet édifice est une salle cruciforme de près de 300 mètres carrés sans aucun pilier et couverte de voûtes closes, décorée de superbes carreaux de faïence. En 1929, une magnifique iconostase du XVIIème siècle siècle fut apportée dans cette église en provenance du couvent Voznesensky dont l’église avait été détruite. 

Le Clocher d’Ivan le Grand – Колокольня Ивана Великого

C’est le plus haut des clochers du Kremlin de Moscou. Il mesure 81 mètres de haut. Construit entre 1505 et 1508 par Marco Bon Fryazin (“l’Italien”), le clocher d’Ivan le Grand se tient en lieu et place d’une église en pierre bâtie à cet endroit dans la première moitié du XIVème siècle. Agrandi en 1600 sous le règne de Boris Godounov, il reçut un nouveau dôme. Cet évènement est commémoré par trois lignes de texte en slavon inscrit en lettres d’or sous le dôme. Le Clocher d’Ivan le Grand est situé à l’entrée de la Place des cathédrales et ses cloches sonnent aussi pour les cathédrales de la Dormition, de l’Annonciation et de Saint-Michel Archange qui en sont dépourvues.

J’espère que ce bref aperçu des cathédrales du Kremlin vous a été agréable et profitable, et que je vous ai (re)donné envie de visiter ce centre historique et religieux de Moscou ! Au plaisir de vous lire !

 

16 Responses to "Les cathédrales du Kremlin de Moscou. Соборы Московского Кремля"
  1. Merci beaucoup, Ania, pour toutes ces joyeuses et passionnantes vidéos ! J’ai de plus en plus le désir de visiter ce beau pays. Je suis passionnée par les fresques, les icônes, et à Moscou je serais donc presque au Paradis ! Je trouve néanmoins la langue russe TRÈS difficile à intégrer, à part quelques mots, tous les autres ne trouvent pas d’écho de ressemblance avec le français. J’espère que les russes que je rencontrerai parleront bien distinctement et lentement =)

    • Merci Dany, Je fais de mon mieux, pour plaire et instruire (comme Molière) et vous verrez, les russes aiment que vous vous intéressiez à leur culture, pas de raison qu’ils ne fassent pas l’effort de parler lentement et distinctement -)

  2. Une approche très convaincante des splendeurs de Moscou. Merci Ania pour ce reportage initiatique. Ça donne envie d’y aller !!!
    D’ailleurs, c’est décidé: tout comme Florence en Italie, il faut aller voir Moscou (et aussi St Petersbourg). Qui viendrait avec moi pour cette future belle aventure ?

  3. Hé oui!!! après ce reportage et les autres sur Moscou nous allons penser à faire une halte d’une semaine à Moscou pour apprécier aussi cette ville historique…
    Merci Ania, tu nous invites vraiment à découvrir ces villes magnifiques.

  4. Très beau reportage en effet, chère Ania, mettant bien en valeur la richesse architecturale de ces édifices religieux et leur diversité. Les œuvres picturale sont très belles et donnent un cachet et une atmosphère bien particuliers. Merci de nous présenter ces merveilles de façon aussi convaincante ! Vous êtes une ambassadrice de talent !

  5. C’est un plaisir Ania de passer un peu de temps sur votre site qui est à la fois agréable et enrichissant.
    Je vois que les italiens n’avaient pas peur des grands voyages… Comme quoi certains malades de l’Education Nationale qui nous vendent le Moyen Age comme une période d’obscurantisme, de replis communautaire, de névrose intellectuelle et artistique feraient bien d’aller se cacher avec leur propagande.
    On aime Dieu (ou aimait..si c’est comme chez nous) aussi en Russie, c’est réjouissant !

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