La Russie sous la neige

“La Russie sous la neige, un rêve réalisé”. Catherine et Roger

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Depuis longtemps nous rêvions de voir la Russie sous la neige.

Il y a quelques années, une jolie chute de neige sur Saint Pétersbourg, vite fondue, nous en avait déjà donné un bref aperçu.

Mais le rêve, ou plutôt les rêves se sont enfin réalisés cet hiver, en deux semaines de voyage, depuis Moscou jusqu’au lac Baïkal, en traversant la Sibérie avec le transsibérien.

Premier rêve réalisé, au cœur de Moscou, dès notre arrivée : « la Place Rouge était blanche », comme dans la chanson, et aux alentours de minuit, sous la neige, l’ambiance était juste magique !

Mocou – Place Rouge

Ensuite deux jours de visite de Moscou, qui fêtait la fin de la Maslenitsa,

Moscou, avec ses animations pittoresques et ses magnifiques décorations lumineuses.

Moscou – Place du Manège

Programme chargé pour un maximum de visites.

Bien sûr le centre historique :

Et même les toits de Moscou et le Kremlin sous la neige, vus d’une terrasse de la Place Loubianka !

Mais aussi, plus loin, le couvent de Novodievitchi, la Colline des Moineaux, le Parc de la Victoire, désert sous la neige, ou la Cathédrale du Christ Sauveur, en plein office du dimanche chanté par les voix profondes ou célestes des chœurs orthodoxes.

Couvent de Novodiévitchi
Cathédrale du Christ Sauveur

Comme nous avions appris comment acheter des tickets et nous diriger dans le métro (merci Ania), nous avons décidé de visiter les plus belles stations de ce Palais du Peuple.

Difficile de les départager, mais une petite préférence pour trois d’entre elles : la station Place de la Révolution, avec ses statues historiques porte-bonheur, la station Komsomolskaya, avec son plafond lumineux, ses bronzes dorés et ses tableaux allégoriques et surtout la station Novoslobodskaya pour ses vitraux étonnamment lumineux.

Station Komsomolskaya

Enfin, pour finir d’illustrer la chanson, nous sommes allés « au Café Pouchkine, boire un chocolat ».

Café Pouchkine

Départ de nuit pour trois jours et demi de Transsibérien jusqu’à Irkoutsk, à 5161 kilomètres.

A chaque wagon du transsibérien est affectée une provonitza, à la fois contrôleuse, gardienne, mécanicienne, femme de ménage mais surtout responsable du wagon. Avec une réputation de redoutable surveillante avec laquelle il vaut mieux être en bons termes. En plus, la nôtre était fort imposante.

A notre arrivée au train, nous lui présentons nos billets et nos passeports. Contrôle sévère, à la russe, sans un sourire. C’est alors que Catherine fait en russe la présentation familiale de notre petit groupe: grands parents, petite-fille, sœur, mari. Peut-être notre provonitza fut-elle touchée par notre effort linguistique, peut-être était-elle elle-même grand-mère, mais son visage s’illumina et elle nous fit un long discours qui, au ton, nous parut très chaleureux, mais auquel, malheureusement nous ne comprîmes strictement rien.

Lorsqu’on pose une question dans une langue étrangère, la difficulté est plus souvent dans la réponse que dans la question. Toutefois, ce premier contact sympathique se poursuivit tout au long du voyage.

Au réveil, émerveillement devant les forêts enneigées et les petits villages disséminés le long de la voie.

Forêt enneigée de Sibérie

La maison d’un musicien, sans doute

Les journées passent assez vite, entre appropriation de notre nouveau domaine, échanges avec les autres passagers et les responsables de wagon, lecture, repas, mais surtout admiration des paysages traversés.

Régulièrement nous nous arrêtons dans une gare et nous pouvons descendre pour nous dégourdir les jambes, acheter des provisions, ou simplement nous rafraîchir à l’air vif sibérien. La température affichée à l’intérieur du train n’est jamais descendue en-dessous de 30° !

A Iekaterinbourg, où nous nous arrêtons en pleine nuit, un petit monument sur le quai de la gare marque la limite entre l’Europe et l’Asie.

L’Oural est maintenant derrière nous. Bienvenue en Asie !

A Novossibirsk, ville la plus proche de Barnaul, le froid n’est pas encore franchement sibérien.

Mais, en avançant vers l’est, les températures diminuent sensiblement et le matin le givre recouvre les bouleaux, offrant un extraordinaire spectacle de nuances de blanc.

Le temps passe très vite et le soir du troisième jour, avant notre dernière nuit dans le train, nous sommes presque déçus que le voyage se termine déjà.

Arrivés à Irkoutsk au petit matin, la température à la descente du train est de -22°, dans la moyenne que nous attendions.

Gare d’Irkoutsk

L’Angara n’est pas complètement gelée et ses rives sont recouvertes de neige et de givre immaculé.

Berge de l’Angara

Toute la journée, nous découvrons Irkoutsk !

Irkoutsk, et ses vieilles maisons sibériennes en bois, aux fenêtres sculptées si typiques, ses églises entourées d’icônes enchâssées dans la glace, ses monastères, ses souvenirs des Décembristes et de l’époque soviétique, et la statue de son emblème, le tigre de Sibérie (« бабр ») à demi transformé en castor (« бoбр ») par un fonctionnaire pétersbourgeois trop zélé.

Maison sibérienne en bois
Musée des Décembristes
Maison de l’Europe
Eglise Notre-Dame de Kazan
Icône enchâssée dans la glace
Le  бабр

En partant pour le Baïkal, arrêt à Taltsy, petit village-musée sibérien en bois, que nous visitons en traîneau.

Et enfin, Sa Majesté le Baïkal …

…complètement gelé et envahi de touristes téméraires venus admirer un étonnant festival de sculptures de glace, chacune comportant au moins un cœur.

Premier contact avec la glace, parcourue d’innombrables fêlures, tantôt recouverte de neige, tantôt vierge, avec, parfois, vue sur le fond du lac.

Le lendemain, dans un confortable aéroglisseur, grande expédition de plus de 150 kilomètres sur la glace, en direction du nord du lac.

En chemin, nous rencontrons d’autres aéroglisseurs, des voitures, des motoneiges, des randonneurs, des patineurs et même un cycliste !

Quelques arrêts pour marcher sur le lac (avec des crampons) et pique-niquer sur une plage, évidemment déserte, par un petit -15°.

Derrière la plage, un surprenant paysage de dunes parsemées d’étranges arbres « sur échasses ».

Nous découvrons les « toros », amoncellements de blocs de glace créés par les mouvements des plaques du lac, dont la traversée à pied s’avère quelque peu acrobatique.

Après un bon banya, repas et nuit dans une ferme auberge perdue sur les rives du lac.

Des gravures rupestres, puis des poteaux rituels ornés de rubans multicolores, nous rappellent que nous entrons dans une région à l’origine du chamanisme.

En prenant un peu de hauteur, du sommet d’un petit mont, vue exceptionnelle sur le lac dont les glaces ressemblent à une tempête pétrifiée.

Direction ensuite Khoujir, sur l’île d’Olkhon.

Cette île, située au centre du lac, fait la taille du lac Léman ! Pour rappel, le lac Baïkal, 25 millions d’années, 1637 mètres de profondeur maximum, mesure environ 650 kilomètres de long sur 80 maxi de large, pour une surface légèrement supérieure à celle de la Belgique.

 

Le village de Khoujir, gros bourg sibérien tourné vers le tourisme, se trouve juste au-dessus du cap Burkhan.

Cet élégant cap rocheux, à la forme caractéristique, est considéré par les peuples vivant autour du Baïkal comme « la Demeure du Dieu du Lac ». C’est un peu le centre du monde chamanique.

En l’admirant depuis les 13 poteaux sacrés qui marquent son entrée, puis en le contournant respectueusement par la glace, c’est un autre rêve qui se réalise.

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Le but ultime du voyage est le cap Khoboy, extrémité nord de l’île d’Olkhon, battu par les vents et les tempêtes, aux falaises recouvertes de glace.

A ses pieds, s’amoncellent d’énormes toros cristallins.

La banquise alentour est parsemée d’innombrables fractures que nous parcourons une dernière fois avec émotion dans un froid devenu enfin sibérien.

Difficile de quitter ces extraordinaires merveilles de la nature.

Enfin, pour fêter la fin du voyage et nous réchauffer, notre chauffeur nous a préparé, cerise sur la banquise, une soupe de poisson cuite au feu de bois sur la glace !

Commentaires linguistiques

Ce n’est pas la première fois que nous voyagions en Russie. Jamais jusqu’à ce jour, nous n’avions envisagé d’en apprendre la langue. Cet extraordinaire voyage nous en a fourni l’opportunité. Mais aussi, bien sûr, Ania, dont la méthode nous en a donné l’envie.

Lorsque nous nous sommes inscrits au cours d’Ania, fin septembre, le programme du voyage, préparé depuis le début de l’année, était pratiquement bouclé, à l’exception notable d’une journée à Moscou.

Au départ, ce voyage était donc essentiellement touristique. Et familial, puisque nous sommes partis à quatre, avec notre petite-fille de quinze ans et une sœur de Catherine. Avec trois mois de cours effectifs, nous ne pensions pas tenir une longue conversation. Cependant, ces cours nous ont apporté beaucoup plus que nous ne le pensions au départ.

Tout d’abord, et c’est fondamental, la lecture du russe.

Les suites de signes que nous avions vus jadis à Saint Pétersbourg étaient devenues des mots à Moscou.

Nous nous fîmes même enseignants. Notre petite-fille, qui ignorait tout de la langue russe nous posa tout au long du voyage des tas de questions, si bien qu’à la fin, elle déchiffrait sans trop de difficultés la plupart des mots. Dans le circuit que j’avais entre temps organisé dans le métro de Moscou, les noms des stations, des directions, des correspondances, des sorties ne nous posaient plus aucun problème. L’impression d’un premier pas vers la Russie.

Ensuite, à chaque nouvelle rencontre, guides ou provonitza, nous avons mis en pratique nos premières connaissances pour nous présenter en russe, nous, notre petit groupe et dire d’où nous venions. A notre niveau de russe, l’avantage des guides sur la provonitza, c’est que la conversation se poursuivait en français.

De plus, nous nous sommes attachés à utiliser les formules de politesse et de salutation russes, toujours bien accueillies, qui démontrent par les mots et sans doute l’accent, le respect du pays visité et l’effort fait pour parler la langue.

Enfin, nous avons beaucoup tendu l’oreille :

Dans les avions, dans le métro, dans nos véhicules, au restaurant, tout fiers de reconnaître un mot de temps à autre, mais surtout d’entendre le son et la musique de la langue russe.

Voilà qui je l’espère vous aura donné l’envie de vous lancer sur les routes de Russie, jusqu’au Baïkal.

20 Responses to "“La Russie sous la neige, un rêve réalisé”. Catherine et Roger"
  1. Bonjour. Magnifique voyage. Je rêve d’y aller.. J’ai plein de questions pratiques à vous poser car je souhaite y aller en 2019.. Questions sur visa guide ou pas… Etc puis je vous contacter par mail merci

  2. Merci pour votre beau récit!
    Un peu comme la cote nord du Québec mais beaucoup plus accessible et habité!
    Le froid comme chez moi depuis 6 mois. Ok je peux en prendre encore quelques photos!
    Merci claude

  3. Bonjour Catherine et Roger,
    Merci pour vos magnifiques photos et vos commentaires.
    Moi aussi, je me suis inscrit chez Ania en septembre 2017, excellente pédagogue entre nous soit dit . Je partirai sur vos traces en 2019, mon russe étant encore trop hésitant.

  4. Très beau reportage et des photos très réussies! je pensais y aller cet été mais votre reportage donne envie d’y aller l’hiver, que faire?

  5. Bande de veinard(e)s !!!!! Bravo, il faut continuer, c’est absolument génial ! C’est super sympa de partager avec vous de tels périples ! Et vous avez fait de jolies photos vraiment exactement comme vous les avez vus ! Pas de trucages, pas de “carabistouilles”, c’est vraiment la vrai russie comme on l’adore ! Encore, encore, encore !!!!

  6. Merci pour ce partage ! C’est très joliment raconté et illustré. Ça donne vraiment envie de découvrir la Russie sous la neige.

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